Sylvie Michaud

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Démarche

 

Ma pratique prend la forme d’installations immersives, d’œuvres cinétiques, sonores et interactives qui interrogent notre manière d’habiter le monde. À la croisée de l’art, de l’écologie et des technologies, je construis des environnements où le réel et la fiction s’entremêlent, où les frontières entre le vivant et l’artifice deviennent poreuses. Mes œuvres proposent des expériences sensibles qui invitent à reconsidérer les relations que nous entretenons avec les autres formes de vie et les récits à travers lesquels nous appréhendons notre environnement.

Marquée par les paysages nordiques de mon enfance, j’entretiens avec la nature une relation affective qui traverse ma démarche. Celle-ci s’inscrit dans une perspective écosophique où l’humain ne se situe ni au centre ni au-dessus du vivant, mais participe à un réseau d’interdépendances. Je m’intéresse aux phénomènes de transformation, d’effritement et de disparition, ainsi qu’aux formes de résilience et de régénération qui leur succèdent.

Mes recherches actuelles s’articulent autour de ce que je nomme des fictions d’habitabilité : des mondes construits, précaires ou imaginaires, qui rendent perceptibles nos désirs de refuge, de permanence et de maîtrise. Ces fictions interrogent les représentations du monde que nous fabriquons et finissons parfois par confondre avec celui-ci. Elles mettent en tension notre besoin de croire à la stabilité des choses et la conscience de leur caractère transitoire.

L’artifice occupe une place essentielle dans ma démarche. Je travaille fréquemment à partir de matériaux récupérés, de structures bricolées et de dispositifs technologiques dont je ne cherche pas à dissimuler les mécanismes. Carton, matériaux d’emballage, composantes électroniques et éléments naturels deviennent les constituants de mondes familiers et improbables. Leurs assemblages révèlent une tension entre notre volonté de construire, de préserver et de contrôler, et l’impossibilité d’échapper aux processus de dégradation.

Dans Volarium, cette tension se manifeste à travers des créatures mécatroniques évoquant les oiseaux disparus ou menacés. Animées par la présence du public, ces constructions fragiles donnent momentanément l’illusion du vivant, tout en révélant la mélancolie d’une tentative de substitution technologique. L’œuvre expose notre désir de recréer artificiellement ce que nous contribuons à détruire.

À travers des architectures précaires et des territoires imaginaires, j’explore également notre propension à fabriquer des lieux auxquels nous souhaitons croire. Ces constructions évoquent le refuge ou la promesse d’un ailleurs, mais leur matérialité en révèle les limites. Je cherche moins à produire une illusion qu’à révéler les artifices qui rendent toute fiction possible.

Par le mouvement, le son, la lumière et l’interactivité, j’invite le public à devenir partie prenante de l’œuvre. Sa présence peut modifier un environnement ou perturber un équilibre, rendant perceptibles les conséquences parfois imprévisibles de nos gestes. Mes installations proposent ainsi des espaces d’incertitude où coexistent émerveillement et inquiétude, attraction et désenchantement.

À travers ces mondes fabriqués, je questionne notre manière de cohabiter avec ce qui nous dépasse. Comment habiter un monde dont nous ne maîtrisons ni les transformations ni la disparition ? Mes œuvres explorent cette contradiction sans chercher à la résoudre, en faisant de la fragilité et de l’impermanence les conditions d’une relation renouvelée au monde 

Ma pratique multidisciplinaire est profondément influencée par les paysages nordiques de mon enfance, dont la mémoire persiste et façonne ma compréhension du monde et des dynamiques qui unissent les êtres vivants. Inscrite dans une perspective écosophique, ma démarche propose de déconstruire la hiérarchie entre l’humain et la nature afin de réaffirmer leur interdépendance. 

Mes recherches s’articulent autour de la création d’installations, de performances, d’œuvres sonores et mécatroniques qui visent à susciter une expérience sensorielle immersive. Je privilégie une approche où le ressenti prime sur la compréhension conceptuelle, invitant le spectateur à habiter une zone de résonance et de vulnérabilité. Au cœur de cette démarche se trouve une exploration des liens affectifs et sensibles entre les espèces animales, végétales et minérales. Je cherche à interroger ces relations et leur potentiel de transformation dans une perspective éthique et respectueuse de la diversité du vivant.

Les matériaux que j’utilise – papier, bois, carton et autres éléments recyclés ou périssables – portent en eux une esthétique de la simplicité et de l’impermanence. Leur fragilité devient un vecteur de réflexion sur la transience des choses et la précarité des équilibres naturels. En parallèle, j’intègre à ma pratique des dispositifs électroniques et sonores qui viennent complexifier cette matérialité modeste. Cette tension entre l’éphémère et la technologique me permet de questionner le paradoxe contemporain : une aspiration vers la décroissance, l’autonomie et le faire-avec-peu (DIY, arte povera), confrontée à une course effrénée vers l’innovation, la numérisation et l’optimisation permanente.

Cette dualité m’amène à interroger le "complexe de Dieu" que je perçois dans notre rapport au monde : une volonté de domination, de perfectionnement et de contrôle, souvent au détriment des autres formes de vie. L’usage du son et de l’électronique me permet de mettre en lumière ces contradictions et de les amplifier dans des propositions sensibles où la tension entre désir de maîtrise et nécessité d’abandon demeure palpable.

Établie en Estrie, je puise dans ce territoire les matières premières de mes recherches : sons, formes, odeurs et textures deviennent des points d’ancrage pour mes œuvres. Je m’intéresse particulièrement à la manière dont le territoire habite le corps et influence nos gestes, nos rythmes et notre capacité à coexister avec ce qui est.

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